Jeudi 15 novembre 2007
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Chapitre 5
Serkan était seul pour la première fois depuis longtemps.
Occupé à désinfecter ses plaies et à recoudre les chairs entre elles, dans un minuscule local prévu à cet effet.
Il appréciait cet instant d'intimité dans la pièce froide et moite.
Au moins, entre ces murs de pierre, il n'entendait plus les hurlements des agonisants, il ne voyait plus les yeux terrifiés des combattants, ni n'était éblouit par les flammes.
Serkan appréciait réellement ces moments de tranquilité, alors pourquoi pensait-il au champ de bataille en cet instant?
Enfin, il devait bien se l'avouer, c'était plus à une chose toute mignonne en particulier qu'il pensait. Mais non, c'était ridicule! Pourquoi songerait-il à un ange maintenant?
Django...
Argh, en plus il avait retenu le nom de l'ennemi. Mais était-il seulement un véritable ennemi? Tout au plus devait-il servir à nettoyer les toilettes où faire la cuisine dans le bataillon où il était intégré.
Soudain, un bruit attira son attention. Un bruit provenant de sa chambre.
Les démons avaient des avantages en échange de vies angéliques, et Serkan étant parmis les bons élèves (et ce malgré un léger relachement au dernier semestre), il disposait de son espace personnel, juste assez grand pour y dormir et entreposer son armure.
Il poussa la porte, et jeta un oeil à l'intérieur. Ce qu'il vit le laissa pantois.
Le jeune était assis sur le sol, devant lui.
Deux options se présentaient à Serkan. Courir avertir les gardes, ou entrer et refermer la porte. Dans le premier cas de figure, l'ange serait décapité sans autre forme de procès, Serkan récompensé. Dans le deuxième, il risquait tout si on le découvrait à papoter gentiment avec le camp adverse.
Serkan amorça un demi-tour, mais fut arrêté net par une voix:
"-Serkan, je ne suis pas un ennemi..."
Cette phrase le figea quelques secondes, puis dans un geste vif, il fit volte-face et referma la porte derière lui.
"-Qu'est-ce-que tu fous là?!
-Je suis désolé.
-C'était pas la question.
-Pardon.
-Pourquoi t'es là?!
-Ils m'ont viré."
Serkan bloqua sa réplique au fond de sa gorge. Django avait les yeux embués de larmes. Ses doigts fins se tordaient devant sa bouche, en griffant ses lèvres roses.
Le démon paniqua devant tant d'émotivité.
"-Euh...pleures pas! Dis moi ce qu'il s'est passé, ça ira mieux.
-C'est vrai?"
L'ange avait levé lesyeux vers Serkan qui sentit une émotion étrange s'emparer de lui. Il vint alors s'asseoir et passa prudemment un bras autour des épaules tremblantes.
Il eut un frisson quand Django posa la tête sur sa poitrine démoniaque. C'était étrange d'être en contact amical avec quelqu'un. Ca ne lui était pas arrivé depuis sa tendre enfance, quand il était avec sa mère. Sauf que là, il avait l'impression d'avoir changé de rôle. Il commençait à se remémorer le passé quand Django, prenant la parole, le ramena à la réalité en commençant à parler.
"-J'ai été convoqué chez le général parceque je suis pas allé à l'entraînement, je préférais partir lire sur le toit, là où on voit les nuages et le ciel quand l'air n'est pas trop pollué. Enfin bref je hais ce bureau, je crois qu'à la base le pot à crayons était un crâne humain. Le général m'a dit que...il fait peur ce type, on a l'impression que ses yeux peuvent tout transpercer. Il m'a dit que..je ne mérite pas de vivre, que je sers à rien, et que j'arrive même pas à les laisser tranquilles pendant les batailles..il...m'a dit tout ça, puis a sorti un sac et me l'a lancé, avant de me dire d débarasser le plancher et de ne plus revenir. Mais je sais pas où aller, moi!"
C'était donc ça, le baluchon posé à ses côtés. Serkan se demandait ce qu'il pouvait bien y avoir là dedans. Mais ce n'était pas vraiment le moment de poser la question, et il préféra lui répondre;
"-T'inquiètes pas, t'as qu'à aller voir dans un autre bataillon, et ne plus te faire remarquer!
-Mais je peux paaaaaaaas!
-Pourquoi..?"
Rien ne vint répondre à sa question. Il attendit presque une minute entière, et inspira, comptant bien virer le parasite.
Sentant la poitrine de Serkan se soulever, Django se remit sur ses pieds, présentant son dos au démon, et détacha les pans de son long habit de voyage qui tomba en dévoilant l'intégralité de son corps.Le démon eut pour première pensée qu'il était indescent de laisser quelqu'un s'habiller uniquement avec ce tissu rugueux tenu par une agrafe, car l'habit n'était rien de plus. Puis il remarqua les lanières qui atachaient les ailes. Habituellement, anges et démons passaient de larges bandes de tissu autour de leur corps pour maintenir les ailes contre le dos, et diminuer la corpulence, ces bandes pouvant être enlevées rapidement en cas de besoin. Par contre, sur Django, les lanières étaient en cuir tressé très fin, et les noeuds si serrés que la corde le blessait.
Il ne pouvait pas les enlever, les attaches situées derrière son dos.
Enfin, Serkan reçut de plein fouet la vision des ailes proprement dites. Chez les anges, les plumes étaient parcourues de vaiseaux sanguins très fins, leur permettant de recueillir toutes sortes d'informations sur leur environnement.
Serkan se remémora les ailes qu'il avait vues sur le champ de bataille. Jeunes, mais bien formées, les plumes longues et droites.
Il se leva, et posa sa main droite sur les ailes ensanglantées, ne comprenant pas leur couleur cramoisie.
"-Qu'est-ce-qu'ils t'ont fait?
-Coupé mes mes plumes.
-Pourquoi?
-Je ne volerais plus jamais. Je n'ai plus les parties principales des plumes directives. Je m'écraserai si j'essayais. Je vais mourir si je reste seul."
Serkan répondit avant d'avoir réfléchi, chose absolument non recommandé.
"-Reste ici alors."
Django se retourna vers lui, une expression étrange sur le visage.
"-C'est vrai? Je peux?
-Bah, je vais pas te laisser crever.
-Pourquoi?
-Tu m'occuperas. Je m'ennuie tellement.
-Vous voulez que je vous raconte des contes de fées?
-Et que tu me bordes le soir.
-Avec plaisir."
Django se retourna complètement, et passant ses bras autour du démon, se serra contre lui. Oubliant qu'il était nu. Enfin...il ne pouvait pas l'avoir fait exprès...? Serkan souria dans les cheveux de l'ange.
L'ennui prenait probablement fin.
